Actu
 K.M., Bac+4, motivé. Et c’est tout.

Posté le : 27 janvier 2011

Ce texte a été écrit par K.M., un ami de 15 ans (déjà) qui sait combien je tiens à lui. Il est à Bordeaux aujourd’hui. Chez moi. Pour la raison qu’il explique plus bas. Et nous dressons ensemble un triste état des lieux de la faculté française, et plus généralement de l’accès à l’emploi des pauvres gens qui en sortent. Je l’ai déjà fait sur ce blog. Je lui ai proposé de s’exprimer ici, à son tour, à chaud. Ce qu’il a accepté.

Photo CC par mike_w40

Trahison

Ce jour devait être la consécration, le moment ultime où mes compétences allaient enfin me permettre de trouver un job. Mais qu’est-ce qu’un métier ? Un moyen de gagner de l’argent ? Certes, mais pas seulement. Le métier c’est la place que nous occupons dans la société, la petite pierre que nous apportons à l’édifice ; d’ailleurs, les premières questions que l’on pose pour aborder une personne inconnue tournent souvent autour du travail. Bref, pour tout dire, j’ai passé aujourd’hui un concours de la fonction publique ; pas un « gros » concours mais une épreuve pour un poste de catégorie B ouvert à partir de 2 années d’études après le baccalauréat. Comme beaucoup de candidats, j’ai un bon bac +4, un diplôme reconnu en Droit censé m’ouvrir les portes de métiers passionnants.

Mes aînés [...] ne cessaient de marteler qu’il fallait bien travailler à l’école pour avoir un métier intéressant plus tard.

Pour en arriver là, je suis entré dans cette merveilleuse institution que l’on appelle « l’école » dès l’âge de trois ans, comme c’est l’usage dans ce pays. Et puis j’ai continué toujours plus haut guidé par mes aînés qui ne cessaient de marteler qu’il fallait bien travailler à l’école pour avoir un métier intéressant plus tard. On me citait tel et tel exemple de personne qui avait réussi dans la vie grâce à l’école, ce dispositif originel d’égalité des chances. Et moi, je croyais en cette réussite. Tout au long de ma scolarité, je n’ai jamais été qu’un élève moyen, ni le meilleur, ni le pire étudiant : juste au milieu. C’est peut-être pour cela que j’ai tenté aujourd’hui de passer un concours « intermédiaire » puisqu’il existe en gros 3 catégories de fonctionnaires : le A désigne l’élite, les dirigeants que l’on appelle aussi « hauts fonctionnaires » ; le C désigne la base, ceux qui sont un peu les ouvriers de la fonction publique et la lettre B désigne les cadres : postes que je pensais pouvoir prétendre occuper.

Cette année, il y aura douze places ; bonne chance !

Après la maternelle, la primaire, le collège, le lycée, la faculté et même une classe préparatoire, je pensais enfin être prêt à trouver un travail, ma place dans la société et une indépendance que mes propres parents avaient connue, eux, dès l’âge de 17 ans ! Fort de mon bagage d’étudiant et armé de tout un savoir théorique très spécialisé, je me suis donc élancé dans une salle de concours, sorte d’immense gymnase rempli de longues tables alignées. Nous étions environ 300 personnes dans ce grand hall dont 200 étaient mes concurrents directs. Là, quelques fonctionnaires tirés à quatre épingles sont passés dans les rangs et ont distribué les copies, puis, on nous a laissé à nos compositions sur ces quelques mots ravageurs : « cette année, il y aura douze places ; bonne chance ! »

Douze places… Le calcul est vite fait, si chaque centre d’épreuve compte le même nombre de candidats, cela ne me donne plus que douze chance sur 1800 de figurer parmi les élus d’un concours de catégorie B : cruelle désillusion ! Etre bon ne suffit pas, il faut être excellent, voir excellentissime ! En fait, je réalise maintenant que j’ai plus de chance de devenir une star du rock que d’accéder à ce modeste poste de catégorie B !

Le système m’a porté jusque là et il me lâche maintenant.

A mon retour de l’épreuve je suis exténué et amer, comme tous les autres candidats d’ailleurs. Etait-ce un rêve si inaccessible ? Après tout, la catégorie B est une catégorie moyenne et j’ai toujours été dans la moyenne ! Ce n’est pas comme si je souhaitais devenir cosmonaute ou écrivain à succès ! Et pourtant j’ai aussi peu de chances de réaliser ce genre de rêve fou que d’accéder à un poste normal me permettant une vie confortable sans excès ! Douze places ! La société est malade, à moins que cela ne vienne de moi. J’ai pourtant bien travaillé à l’école comme on me l’avait prescrit ! Je suis quelqu’un de raisonnablement intelligent, sans pour autant être un génie, je l’accorde ! Mais il n’y a plus de place pour les gens « moyens ». Le système m’a porté jusque là et il me lâche maintenant pour que je tombe d’encore plus haut : c’est une trahison… Ce soir je doute d’être en mesure d’avoir un jour le même niveau de vie que mes parents. Ce n’est pas faute d’essayer mais j’ai bien peur de ne pas en être capable. Si encore j’étais le seul… mais j’ai tellement d’amis intelligents voir brillants qui ne trouvent pas non plus leur place dans cette société. Faut-il partir ? Quitter ce pays pour être accepté quelque part ? Sommes-nous des bons à rien et n’a-t-on réellement plus besoin de gens comme nous ?

Je ne publierai pas ici les résultat de son concours.

Tags : , ,

Catégorie(s) : Actu | Flux RSS
Se plaindre à la direction | Lien vers cet article
«

Article précédent


5 réclamations

  • Philippe

    C’était un concours pour quel poste ?

  • Arthur

    Le point ou tu te trompes, c’est qu’on peut découper les boulots en bien plus de 3 catégories, tu est trop réducteur.

    Donc pour accéder à un travail de cadre, que tu appelles « Catégorie B », il faut être bien meilleur que moyen. C’est normal que tous les gens « moyens » ne finissent pas cadre…

    • K.M

      Tu as parfaitement raison Arthur, même si les emplois de fonctionnaires sont effectivement découpés en 3 catégories (cela peut paraître artificiel mais c’est ainsi).

      Maintenant quand je me qualifie de « moyen » je pense qu’il faut relativiser les choses. Disons que de plus en plus de gens ont une formation analogue à la mienne.

      Cependant j’ai tenté un concours de niveau BAC+2 en étant titulaire d’un BAC+4 ; ce concours je l’ai préparé pendant des mois au sein d’une classe préparatoire spécialisée unique en France ; j’ai même eu l’occasion de faire des stages en milieu professionnel pour me rendre compte des réalités du terrain. Je ne suis donc pas vraiment une personne moyenne et je me pense apte à occuper un tel poste.

      Malgré tout cela, avec seulement douze places sur toute la France, il y a peu de chance que je parvienne à réaliser ce projet qui est pour moi un projet raisonnable.

      Te rends-tu compte que sur le papier je suis censé pouvoir accéder à des concours de catégorie A : les cadres des cadres ?

      Cela montre bien que les conditions de diplôme ne reflètent pas les réelles chance pour les candidats de parvenir à un concours. L’université est vraiment à côté des réalités et je pense que ce sentiment de trahison que je ressens est légitime!

      Bientôt il faudra être énarque pour obtenir un poste de catégorie B !!!

      Maintenant, comme je le disais, je ne suis pas le seul et tout le monde est dans le même pétrin. Mais est-ce une raison pour ne pas protester ? Je ne pense pas, bien au contraire !

  • Nicolas181

    On est pas au pays des bisounours, c’est tout. L’étau de l’emploi publique se resserrent tout le monde le sait, et qu’as tu fais pour être à « bac+4″ ? C’est étrange « bac+4″ !

    Il n’y à pas qu’un concours dans la vie.

    (…)

    • K.M

      Bonjour,

      Pour répondre à ta question, Nicolas, j’ai obtenu un master 1 en Droit public l’an dernier et cette année je suis en classe préparatoire.

      Effectivement, je ne prépare pas qu’un seul concours mais quatre dans l’administration pénitentiaire.

      Je te remercie de me rappeler que nous sommes loin d’être dans un monde idéal.

      Ceci dit, pour changer les choses il faut commencer par s’indigner comme le dirait un certain Stéphane Hessel c’est pourquoi j’ai écrit ce petit texte pour mon ami Thibo qui montre mon indignation ! Le système universitaire français est devenu une véritable trahison puisqu’il ne débouche sur rien. J’ai été assez bête pour y croire.

      J’ai beau préparer quatre concours dans un domaine qui m’intéresse, en ayant un niveau scolaire largement supérieur à celui exigé et en suivant une prépa spécialisée, je n’ai qu’une chance minime de parvenir à mes fins et c’est ainsi pour tout le monde.

      Je trouve que ce n’est pas normal.

Se plaindre

:) :( :-P :D :oops: :cry: :o :-| :twisted: :mrgreen: -_- 8) :roll: :-? :-x :evil: :lol: :noel: more »

*



  • À propos…

    Ceci est un article de Thibaut Charron, propriétaire de ce blog s'adonnant gaiement aux joies du LOL.

    Après plusieurs expériences dans le Web, je suis aujourd'hui étudiant en Game Design à l'ISART Digital, Paris.. Mes sujets de prédilections sont les univers geeks, la promotion et la défense des Internets et la diffusion du LOL. Bien cordialement.

    En savoir plus - Contact


    Logo RSS

  • Rangements



  • Warning: simplexml_load_string() [function.simplexml-load-string]: Entity: line 1: parser error : Start tag expected, '<' not found in /home/thibautc/www/blog/wp-content/plugins/tumblr-widget-for-wordpress/tumblr-widget.php on line 137

    Warning: simplexml_load_string() [function.simplexml-load-string]: 1 in /home/thibautc/www/blog/wp-content/plugins/tumblr-widget-for-wordpress/tumblr-widget.php on line 137

    Warning: simplexml_load_string() [function.simplexml-load-string]: ^ in /home/thibautc/www/blog/wp-content/plugins/tumblr-widget-for-wordpress/tumblr-widget.php on line 137
  • Twitter is over 9000!!1!1


  • Random Blogroll

    Selon les cas : j’aime / je lis / je suis pote avec, parfois, les trois :)