Je sors d'Avatar, le dernier Cameron, réalisateur de notamment Titanic et de Terminator, film en partie en 3D avec «réalité augmentée» «relief», lunettes de vision panoramique à air con intégré, etc. Gros buzzzzzz, Twitter frémit, les critiques s'affolent. Ahum.
Sans «R» de révolution
Ce qui fait que le film est une attraction, et ce qui fait surtout qu'il faut aller le voir, c'est son statut de film en 3D augmentée relief. L'action se déroule sur une lune mystérieuse d'une planète perdue dans un système inconnu. Au programme : jungle luxuriante, montages qui flottent et cascades de 800 mètres de haut. Du coup, c'est grandiose. L'effet de profondeur fait effet, et bien. Alors que Là-haut, le Pixar de cet été aussi sorti en réalité augmentée relief, se contentait de rajouter pépèrement quelques effets par-ci par-là, dans Avatar la technique est utile et bien utile. Les scènes d'action sont réellement vivantes, on sursaute au moindre mouvement de buisson, on y est.
Sans parler de la révolution parfois évoquée pour décrire le film, je parlerai simplement d'évolution. Le jour où l'immersion sera totale, où l'on pourra sentir se que sentent les personnages, ou que sais-je, ça sera une révolution. Pour l'instant nous sommes encore assis dans nos sièges de cinéma, on entend les sièges du fond craquer et on peut se retourner vers son voisin pour se marrer devant son air con chichement accordé par ses magnifiques montures en plastique noir, et surtout critiquer le scénario catastrophique.
Pocahontas au pays des Schtroumpfs de 10 pieds de haut
Si vous avez déjà vu Disney's Pocahontas, vous avez saisi le scénario d'Avatar. De méchants colons viennent coloniser le territoire des gentils indigènes en phase avec la nature et priant un arbre. Un colon un peu blond s'amène, a la crampe devant une indienne, s'intègre à la population et finalement change d'avis sur ses convictions. Mais l'affrontement est inévitable. Heureusement, le colon un peu blond change de camp et avec l'aide de la nature et des nanimaux sauve les gentils. Les mêmes personnages, l'indienne, le colon, le rival douteux, le vieux chef, l'arbre magique, le copain animal, le méchant militaire, le bourgeois un peu con. Le même scénario.
Nous nous sommes amusés, pendant l'entracte (le film dure 2h40, la chaîne CGR nous fait grassement bénéficier d'une pause), à défiler la suite des évènements. 90% de réussite. Seule la charge des scarabées rhinocérossoïdes nous a surprise. Là, le frère va mourir au combat. Ah, ça y est. Là, il va prendre la place du chef. Ah, ça y est. A la fin il va intégrer définitivement son avatar. Ah, ça y est. Tout est prévisible, annoncé, pathétique. L'histoire d'amour est tellement bidon qu'elle est bouclée en milieu de film, on en parle quasiment plus après. Le scénariste n'a même pas été payé assez cher pour se relire. Il a oublié de mettre des gardes dans la prison. Il s'est trompé, à un moment, il a cru bon de rendre compatible une technologie humaine avancée (les fameux avatars, mélange génétique entre humain et autochtone) avec les rites ancestraux locaux. A un autre moment, il a même autorisé une panthère sauvage indomptable à servir de cheval de course. Incroyable.
Finalement, un seul membre de la troupe qui m'a accompagnée voir ce chef-d'œuvre est sorti content de la séance. Le frère de ma copine. Il a 12 ans.
A quoi bon faire des films de cette qualité visuelle pour pondre un scénario aussi catastrophique ? Même la musique est insipide.
Cameron a trouvé le bon plan. Car aussi déçu que j'ai été à la sortie, je vous conseille d'aller voir le film en salle. Oui, j'ai lâché 7,60 pour aller voir une belle bouse, et je vous conseille de faire la même chose. Oui. Oui, les effets visuels sont tellement impressionnants que se procurer un .torrent pour mater Avatar sur un 15 pouces n'est pas intéressant. Vous verrez un mauvais film. De la science-fiction de bas-étage même pas imaginative, même pas étonnante, même pas innovante. En salle, la réalité augmentée relief, même si elle a d'abord augmenté la marge amélioré le relief du porte-monnaie du producteur, a ajouté les étoiles dans les yeux que vous n'aurez pas autre part que dans une salle. Ne comptez pas sur autre chose, c'est tout ce que vous aurez. Ou si, de l'amertume, peut-être.